Neutralité Carbone : Une stratégie payante ?

Depuis un an, le nombre d'entreprises s’engageant dans une stratégie de réduction des émissions de gaz à effet (GES) augmente. Certaines entreprises vont même plus loin en proposant des produits et services dit« neutres en carbone ». C’est le cas notamment de Volkswagen qui vise « assurer une production neutre en CO₂ d’ici 2050 ». Et Apple qui « s’engage à être 100% neutre en carbone sur sa chaîne logistique et tous ses produits d’ici 2030 ». Derrières ses engagements, quels sont les mécanismes mis en place pour réduire et compenser les émissions carbone ? La neutralité carbone est-elle réellement atteignable ? Et n’y-t-il pas un risque d’induire le consommateur en erreur ? L’équipe du département CODDE du LCIE Bureau Veritas a souhaité répondre à ces questions.

Cet article propose des clés de lecture pour apporter une vision éclairée aux professionnels et consommateurs que nous sommes. Il ne réflète pas le positionnement du groupe Bureau Veritas. Suite à la lecture de cette publication, nous vous invitons bien entendu à poursuivre votre réflexion.

Se diriger vers une économie décarbonée, une nécessité

Créé en 1988, le GIEC est clair : nous sommes dans une période d’urgence climatique. Elle nécessite de limiter nos émissions de GES. L’enjeu actuel est de contenir le réchauffement planétaire de 1,5 °C par rapport au niveau préindustriel.

La Comission Européenne a traduit cette urgence climatique en une stratégie climat. Elle repose sur deux objectifs intermédiaires avant d’atteindre la neutralité carbone :

  • 2020 : 20% de réduction des émissions de gaz à effet de serre par rapport au niveau de 1990
  • 2030 : 40% de réduction des émissions de gaz à effet de serre par rapport au niveau de 1990
  • 2050 : L’Union Européenne deva atteintre la neutralité carbone

Pour atteindre ces objectifs, nous avons tous un rôle à jouer. «Toutes les parties de la société et les secteurs économiques joueront un rôle du secteur de l’énergie au secteur de l'industrie, du transport, de la construction, de l'agriculture et de la sylviculture » tient à rappeler la Commission Européenne.

Parmis les entreprises déjà engagées dans la mise en place d’une stratégie carbone, nous pouvons citer à titre d’exemple : Airfrance, Apple, ArcelorMittal, Danone, L’Oréal, Microsoft, Total, Volskwagen. La Chine, 2nd puissance mondiale, se dirige vers une neutralité avant 2060 comme l’a confirmé le président Xi Jinping le 22 septembre 2020.

Le 6ème rapport du GIEC est attendu en 2022. Il permettra de dresser un premier bilan mondial des actions mises en place.

Quels sont les mécanismes d’une stratégie dite « neutre en carbone » ?

Les entreprises se dirigeant vers une stratégie dite « neutre en carbone » mettent en place une série d’actions. Elle repose sur 3 mécanismes : l’évaluation, la réduction puis la compensation des émissions de GES.

1 - Mesurer

Dans un premier temps, l’entreprise évalue ses émissions de gaz à effet de serre sur un périmètre d’action qu’elle définie. Le périmètre détermine les catégories et postes d’émissions qui seront visés par l’évaluation.

Chaque entreprise est libre de choisir un périmètre plus ou moins large. Elle peut choisir de restreindre l’étude aux émissions liées à la fabrication de ses produits, tout comme choisir d’intégrer toutes les émissions directes et indirectes liées à son acitivté, incluant aussi les émissions liées à l’utilisation du produit.

Toutes les entreprises ne définissent pas le même périmètre. Il est important de savoir que certaines peuvent annoncer que leurs émissions sont compensées sur un certain périmètre sans pour autant y avoir intégré les postes les plus émetteurs. Cet aspect est donc essentiel à identifier pour bien cerner la portée de la stragégie « neutralité carbone » d’une entreprise

2 - Réduire

La deuxième étape consiste à mettre en place des actions pour réduire les émissions à la source. Grâce à son diagnostic initial, l’entreprise identifie idéalement les postes les plus émetteurs. Puis, elle définie les principaux leviers à mettre en œuvre pour optimiser la réduction de ses émissions.

  • Efficacité énergétique
  • Réduction des déplacements de ses employés
  • Modification des mix énergétiques
  • Réduction de l’utilisation des matières première
  • Recyclage

L’enjeu pour l’entreprise est de diminuer les émissions sur le périmètre qu’elle s’est définie. Cela sans pour autant les augmenter en amont ou en aval.

3 - Compenser

L’entreprise peut alors compenser les émissions qu’elle ne peut pas réduire dans l’immédiat. Pour cela elle se tourne vers un intermédiaire (entreprise, opérateur spécialisé, coutier…) pour lui acheter un crédit de carbone correspondant au volumes de ses émissions restantes. Cette somme finance directement ou indirectement des projets de réduction des émissions (projets d’énergie renouvelable et d’efficacité énergétique), ou de séquestration carbone (séquestration forestières, protection des forêts et tourbières…). Il peut s’agir de crédits carbone ex-post, vendus une fois que le projet de réduction est effectif, ou de crédits ex-ante, vendus avant que le projet ne soit réalisé. Pour assurer une compensation efficace, le suivi des projets est indispensable afin de s’assurer que les compensations prévues soient effectives, même à long terme.

Or dans le cas des crédits ex-ante, le suivi des projets est compliqué compte tenu des délais qu’il existe entre les émissions et l’aboutissement du projet de compensation. Pour des projets forestiers par exemple, la compensation n’a lieu que des années après que l’émission ait lieu. De plus, la multiplication des acteurs et des intermédiaires pas nécessairement impliqués dans la réalisation des projets, peuvent entrainer un manque de transparence dans leur suivi.

Aussi, à l’heure actuelle il n’y a pas de cadre réglementaire définie ni d’harmonisation des méthodes de calculs. Certains phénomènes fréquents (feux de forêts, sécheresses) entrainent un ralentissement de la croissance des arbres et rendent la réussite de certains projets incertains. Ces phénomènes ne sont pas nécessairement intégrés dans les calculs de compensation actuels.

L’ADEME recense en particulier des divergences dans :

  • Les méthodes d’évaluation des émissions de l’entreprise
  • Les critères de sélection des projets de la compensation
  • Les méthodes de suivi des projets et de vérification des émissions effectivement évitées.

Elle a publié un bilan pour aider les entreprise à intégrer ces limites. Mais également les aiguiller à construire une démarche de compensation efficace et transparente.

Les compensations ne sont qu'une partie de la réponse

Enfin, l’UNEP alerte sur le fait que la compensation carbone apporte une solution lorsqu’il n’y a pas de solution à court terme mais qu’elle ne peut remplacer la réduction des émission ni freiner leurs augmentations prévues. Elle souligne également que c’est un outil nécessaire à la transition climatique mais pas suffisant. Et qu’il doit être utilisée par les entreprises de manière responsable, sans donner l’illusion « d’un correctif qui permettra à nos émissions de continuer à croitre ».

Pour répondre au besoin de transparence et de lisibilité autour de la neutralité carbone, les schémas de vérification/certification tierce partie indépendante se développent. Pour plus d’information sur les prestations proposées par Bureau Veritas Certification, consultez notre page : What is net zero and how to get there ?